II) Film documentaire américain: Super Size Me de Morgan Spurlock
Genre | documentaire américain |
Durée | 98 minutes |
Réalisation | réalisé en 2003 par Morgan Spurlock |
Date de sortie en France | le 30/06/2004 |
1.Résumé :
Ce documentaire explore les dégâts causés par la malbouffe aux USA. Le réalisateur, qui interroge des spécialistes dans tout le pays, a lui-même exposé son corps au danger. Pendant un mois, il n'a mangé que chez Mac Donald's 3 fois par jour.
Le fast-food est partout. 37% des enfants américains ont un problème de poids. 2 adultes sur 3 sont atteints de surcharge pondérale ou d'obésité. Comment l'Amérique est-elle devenue aussi grosse ?
Une enquête minutieuse Morgan Spurlock a traversé les Etats-Unis, de New York à Houston. Il a interrogé des spécialistes dans plus de 20 villes. Un ancien secrétaire d'Etat à la Santé, des professeurs de gym, des cuisiniers de cantines scolaires, des publicitaires, des avocats et des législateurs lui confient le résultat de leurs recherches, leurs sentiments, leurs craintes et leurs doutes.
Un règlement strict Le réalisateur s'est obligé à suivre un règlement strict lors de ses visites quotidiennes chez Mac Do. Ainsi, pendant 30 jours, il devait mangé exclusivement dans cette firme, et ne consommer que des produits qui y sont vendus, y compris l'eau. Il s'est en outre astreint à commander systématiquement l'option Super Size lorsque le vendeur lui proposait. Il s'imposait de goûter à tous les produits présents dans le menu, au moins une fois. Enfin, à effectuer 3 repas par jour.
Sous surveillance médicale, Morgan Spurlock a décidé d'être son propre cobaye. Il a néanmoins été encadré par 3 médecins. Il tient également un journal, dans lequel il consigne l'évolution de son état, de son poids, de son taux de cholestérol, mais aussi de sa relation avec la plus critique de ses supporters : sa petite amie, chef cuisinière et végétarienne.
Des chiffres vertigineux... Chaque jour, 1 Américain sur 4 visite un fast-food. Les frites, qui constituent l'accompagnement principal des repas servis en fast-food, sont le plat de légumes le plus consommé aux USA. Les américains consomment plus d'un million d'animaux par heure, principalement sous forme de steaks hachés ou d'escalopes de volailles. Il faudrait en outre faire plus de 7 heures de marches pour brûler les calories contenues dans le menu Super Size (boisson gazeuse, frites et Big Mac).
2. Interview de Morgan Spurlock, réalisateur de Super Size Me."Personne n'entre au Mc Do pour acheter une salade !"
Le film "Super Size Me" est une attaque en règle contre la malbouffe, les fast-foods et Mc Donald's en particulier. Au travers de son film, Morgan Spurlock les désigne comme responsables des problèmes de surpoids et d'obésité. Lors de son passage en France, Doctissimo a rencontré ce réalisateur hors normes.
Doctissimo : Dans votre film, vous vous attaquez directement à Mc Donald et aux fast-foods. Mais ne pensez-vous pas que d'autres facteurs sont responsables de l'épidémie d'obésité qui sévit aux USA ?
Morgan Spurlock : Aux Etats-Unis, on a toujours l'habitude de montrer du doigt les fast-foods dans l'épidémie d'obésité. Mais il est vrai que le problème est beaucoup plus complexe, de nombreux paramètres interviennent : problèmes économiques, implication de l'école (qui est tout de même abordé dans le film), rôle des parents, mode de vie sédentaire… Pour prendre en compte l'ensemble de ces facteurs, il m'aurait fallu faire un documentaire de 4 heures. J'ai choisi de me concentrer sur les fast-foods, car ces établissements constituent un véritable mode de vie Outre-Atlantique. Dès que les Américains mangent à l'extérieur, c'est une fois sur deux dans un fast-food ! Elément incontournable de l'éducation nutritionnelle, les dîners de famille ont disparu !
Doctissimo : C'est un phénomène qui n'est pas uniquement américain…
Morgan Spurlock : Notre mode de vie, notre alimentation est effectivement en train de s'étendre au-delà des Etats-Unis. Nous avons "franchisé" cette malbouffe, pour la revendre à d'autres pays ! Ce film est un moyen d'aborder le sujet. De nombreuses personnes ne manquent pas de critiquer le côté irréaliste de ce documentaire (en soulignant que personne ne mange de cette façon), mais en Amérique nous faisons quotidiennement de mauvais choix nutritionnels ! Nous "sur-consommons" et "sous-bougeons" chaque jour ! Ces deux paramètres vont de pair. Il est d'ailleurs intéressant de constater que deux tiers de la population américaine est obèse et que la même proportion ne pratique pas assez d'exercice physique.
Doctissimo : Qu'espérez-vous provoquer comme réaction avec "Super Size Me"?
Morgan Spurlock : J'espère que "Super Size Me" va inciter les gens à revoir la manière dont ils vivent et mangent. Aux Etats-Unis, le film semble avoir eu un réel impact sur les spectateurs. La plupart jurent de faire plus attention à leur alimentation et à leur activité physique. Les parents qui sortent du film disent qu'ils doivent être plus vigilants avec leurs enfants, essayer de leur préparer plus de plats à la maison, au lieu de manger aussi souvent à l'extérieur… Ce film provoque une prise de conscience chez les gens... et les chaînes de fast-food !
Doctissimo : Selon vous, un problème essentiel est l'information et l'éducation du public ?
Morgan Spurlock : Exactement ! Comme je le souligne dans mon film, aux Etats-Unis personne n'a idée de ce qu'est une calorie ! Qui a une idée des proportions de matières grasses ou de sucre qu'il peut consommer ? Personne ! Il faut donc de toute façon une initiative à l'échelon national, qui apprendrait aux gens à mieux manger. Malheureusement, on entend aujourd'hui les autorités américaines dire que ce n'est pas à eux de le faire, mais à l'école. Mais c'est paradoxal : dans les établissements scolaires américains, on est en train de supprimer les cours d'éducation physique ! Les enfants ne bougent plus ! Et la plupart des écoles aux Etats Unis diminuent la durée des cours sur la santé et la nutrition. Les enfants ne savent plus aujourd'hui ce qu'ils doivent manger ! Le discours ambiant continue encore d'évoluer : l'éducation nutritionnelle ne serait plus le travail de l'école mais uniquement celui des parents ! Tout le monde se renvoie la patate chaude. Mais si vous êtes parents aujourd'hui, que vous travaillez dur mais que vous essayez néanmoins de cuisiner pour vos enfants, vous faites déjà une partie de travail. Et l'école devrait compléter cet enseignement en donnant quelques clés nécessaires à une vie plus saine. Nos enfants passent au minimum 12 ans de leur vie (de 5 à 18 ans) sur les bancs de l'école. Et ce temps doit aussi être mis à profit pour leur apprendre des notions tels que bien manger et bien bouger !
Propos recueillis par Alain Soussa.